Aujourd’hui je me suis posé la question suivante : que contient mon bidon de lessive au savon de Marseille acheté en magasin ?

Je retourne mon bidon de lessive pour décrypter l’étiquette. Qu’indique-t-elle ?

D’abord du savon, bien sûr (ouf !). Il s’agit des fameux tensioactifs qui assurent l’interface entre l’eau et les taches. Le savon permet aux taches graisseuses de se diluer dans l’eau. Il constitue la base de la lessive, à laquelle les industriels ont progressivement ajouté des produits destinés à rendre le lavage plus efficace :

  • les agents blanchissants ;
  • des agents azurants (pour renforcer l’éclat des couleurs) ;
  • des détachants (pour empêcher les taches de ré-adhérer au linge) ;
  • des produits chimiques destinés à faciliter l’action des savons (phosphates, EDTA). En effet, les savons sont rendus inefficaces par le calcaire. Il faut donc empêcher le calcaire de gêner l’action du savon. Les phosphates, aujourd’hui interdits dans les lessives, ont pendant longtemps joué ce rôle ;
  • des arômes (la lessive qui « sent le printemps ») ;
  • de l’eau (pour diluer le tout).

Au final, le savon constitue aujourd’hui seulement 20 % de la lessive. En outre, tous ces composés sont susceptibles d’avoir des impacts négatifs sur la santé et l’environnement. Vu la diversité des substances employées, ces effets sont très mal connus. On sait cependant que les phosphates provoquent l’eutrophisation des rivières, ou que l’EDTA (qui les a remplacés dans de nombreuses formulations) est toxique pour les insectes, les mollusques et les poissons, et qu’il est très faiblement biodégradable. De plus, la fabrication, le transport et l’emballage de la lessive sont également des sources de pollution.

Certes, on se doutait bien que les produits de l’industrie ne devaient pas être très sympathiques envers la santé et l’environnement, mais, quand je continue vigoureusement la lecture et le décryptage de mon étiquette, je tombe des nues…  J’en cite une partie  (ils sont plutôt gentils, ils mettent les  produits dangereux  en GRANDES LETTRES et encadrés).

« DANGER : contient MEA-DODECYLBENZENSULFONATE, C13-15PARETH-8. Provoque une irritation cutanée. Provoque des lésions oculaires graves. Tenir hors de portées des enfants. Se laver les mains soigneusement après manipulation. Porter un équipement de protection des yeux. »

Et ça continue…

« Contient METHYLCHLOROISOTHIAZOLINONE et METHYLISOTHIAZOLINONE. » (à vos souhaits !)

  • Le Methylchloroisothiazolinone est un agent de conservation antibactérien et antifongique. (on le retrouve dans de nombreux produits cosmétiques, colles, détergents, produits de nettoyage et carburants.) Bon le côté rassurant c’est que dans la lessive il n’y a que des petites doses (faut essayer d’être positif dans la vie…). Par contre, pour 1,7% des utilisateurs ce dernier provoque des allergies de la peau, c’est pourquoi la Commission européenne a transmis début 2016 un projet de règlement pour interdire le methylchloroisothiazolinone dans les produits cosmétiques.
  • Le Methylchloroisothiazolinone est un puissant biocide et conservateur. Vous savez quoi ? Il a gagné une jolie médaille aux Etats Unis : « Allergène de l’année 2013 » ! C’est le titre peu glorieux décroché par la méthylisothiazolinone (MIT) car ette substance chimique est responsable de nombreuses allergies de contacts, un phénomène qui prend une ampleur inquiétante. Elle est utilisée en remplacement du parabène (substance chimique servant de conservateur mais identifié comme toxique.)

Dire que ces produits touchaient ma peau quotidiennement… snif.

Et moi qui pensais bien faire parce que j’avais choisi une lessive au savon de Marseille, persuadée qu’elle était bonne et naturelle !

Le message paraît donc clair  : on termine les bouteilles qu’on a dans sa buanderie et on se fait un bidon de lessive faite maison. C’est facile, rapide, bon pour notre petite planète et en plus, ça ne coûte pas cher  ! Et on est fiers de nous aussi 😉 

[1] Amended Safety Assessment of Methylisothiazolinone as Used in Cosmetics, Cosmetic Ingredient Review, 2014

[2] Annexe V du Règlement Cosmétiques 1223/2009

[3] Réseau de Vigilance en Dermatologie Allergologie rattaché au Groupe d’Étude et de Recherche en Dermatologie Allergologie, Montpellier, 2011